Helluvah – As We Move Silently
Chronique tardive d’un album de 2011 qui n’aurait pas du être retardée !
Ça faisait longtemps qu’on l’attendait, ce successeur du poignant Emotion Pills (2008). La suite des aventures de Helluvah s’est faite désirer, mais ça valait le coup d’attendre. En trois ans, ouf, elle ne s’est pas mise à l’accordéon. Helluvah donne toujours dans le rock épuré: les mélodies sont simples, ça reste direct, efficace et sans fioritures. L’ensemble gratte, pique un peu par moments. On sent bien les aspérités du dedans de la chanteuse/auteur/compositrice/interprète infuser chacun des morceaux. L’urgence et la retenue ne sont pas en reste sur As We Move Silently.
Sur bien des aspects, Camille Warmé est restée la même. On perçoit encore, camouflés par une rage et une nervosité assumées, un soupçon de mélancolie et un idéalisme au charme naïf. Les guitares écorchées et la voix tendue n’y changeront rien, Helluvah a le romantisme râpeux et pudique d’un hiver sous la bruine. Venteux et terrible. Épidermique, As We Move Silently donne l’impression un orage approchant: on se dit qu’on est tranquille, alors qu’au loin le ciel ne fait que s’assombrir et que le tonnerre gronde déjà.
Sur d’autres aspects, par contre, Helluvah joue le changement. Fini le guitare/voix ascétique. Avec un peu plus de moyens, un peu plus d’ambition et un peu plus de confiance en elle, Helluvah a eu le courage de bien s’entourer. Elle étoffe ses compositions, sans jamais perdre son identité. Sur scène, elle est maintenant flanquée d’un batteur/bassiste, qui ajoute corps et profondeur à des morceaux toujours âpres et rugueux (comme sur le très bon “Don’t Put Me In A Box“). Tout au long de cet album, on découvre de surprenantes additions : un piano, quelques notes de violons, des sonorités légèrement electro (“Patriarkill“). Cela rend le tout moins linéaire, plus mûr, sans jamais nuire à la fraicheur de l’ensemble.
As We Move Silently est donc une suite logique, un maillon, dans ce qui se dessine comme la chaîne de l’évolution d’Helluvah : plus adulte, plus assuré et plus impertinent, il laisse poindre la personnalité de Helluvah : sombre, mais pas triste, et surtout un peu chafouin. Il suffit d’une écoute du très grunge “Monster Lunch“, tout en larsen et saturation, pour être convaincu que Camille HelluWarmé a de l’énergie et du talent à revendre.
Helluvah, du rock de par ici, par une fille qui en a (des cheveux).
En concert au Pop In le 19 janvier !
Label Etrange – Octobre 2011


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