Darkness Falls – Alive In Us

14 octobre 2011
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A la première écoute, « Alive In Us », le premier album du duo danois Darkness Falls, paraît incohérent : ça semble bizarre qu’un groupe nordique nommé d’après un film d’horreur de série z donne dans le yéyé, on s’attend à une atmosphère glaciale et on se trouve tout à coup sous le soleil de plomb d’un western spaghetti et quand nous pensons avoir affaire à une chanteuse à couettes, la voilà qui se prend soudainement pour Beth Gibbons… On pourrait prolonger indéfiniment la liste de ces foisonnants décalages qui peu à peu nous obligent à reconnaître que ce disque est beaucoup moins évident et beaucoup plus subtil qu’il n’en a l’air.

Josephine Philip, la chanteuse brune, n’est pas tout à fait une inconnue puisqu’elle a notamment chanté sur des titres de ses compatriotes Anders Trentemöller et Kasper Björke, qui sont également et respectivement le producteur et l’éditeur de ce disque. Au début des années 2000, elle avait aussi fait partie, déjà avec la guitariste blonde Ina Lindgreen, du groupe tout féminin de ska Favelachic. Ce ne sont donc pas, loin de là, des débutantes. 

Les nordiques sont, on le sait depuis longtemps, des pasticheurs, des obsédés de la mise au goût du jour des styles les plus anachroniques. De la bossanova au big band jazz en passant par le funk, le calypso, la country, le garage rock ou l’heavy metal (je vous laisse identifier les représentants de chaque courant), chaque genre musical a un représentant notoire, pour ne pas dire carrément un sosie, en Scandinavie… Or, curieusement, Darkness Falls s’attaquent dans cet album à un répertoire dont les principales pointures étaient eux aussi déjà des pasticheurs  (John Berry, Morricone, le Gainsbourg des débuts…) qui reprenaient à leur compte, grâce aux alors nouveaux synthétiseurs, les canons de la chanson mondiale, en les mélangeant et en les allégeant. Ce n’est pas par hasard qu’on parle d’easy listening à propos de cette pop dans laquelle bruits venus d’ailleurs (ou plutôt spaced out) se mêlaient à des onomatopées et où cohabitaient prises de sons réels et exotisme de pacotille.

Si elles ne sacrifient pas tout à fait la légèreté de leurs sources, on peut considérer que nos duettistes accomplissent un mouvement en sens inverse. Leur ambition, somme toute extrêmement ambitieuse : donner du corps, de la consistance, de l’opacité, à cette easy pop si peu prétentieuse mais finalement si sophistiquée. Pour y arriver, elles se tournent vers deux autres sources d’inspiration : Angelo Badalamenti et Lee Hazlewood, émérites docteurs en science de mélanger la chèvre et le chou, experts avérés en incohérence, voir en incongruité. Chez le premier elles piochent des guitares mais surtout une certaine grisaille, tandis que chez Hazlewood elles trouvent le sens dramatique, l’art du changement de registre perpétuel, ce qui permet à Josephine de ne pas être juste une chanteuse et, comme autrefois Nancy Sinatra, de pouvoir devenir à tour de rôle jeune écolière décidée, concubine éplorée ou maîtresse bottée.

Le bluffant succès de l’entreprise doit sans doute beaucoup au talent de producteur de Trentemöller. Les deux titres où sa patte s’entend le mieux (« Night Will Be Dawn » et « Josephine ») sont très clairement les joyaux de ce disque très peu toc. Avec lui, Darkness Falls tend le cou vers des terrains moins attendus : le minimalisme berlinois, le krautrock, Portishead… On peut juste regretter que ce beau voyage reste quasiment partout, sauf dans ces deux passages, un peu trop balisé.

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Clip “Hey!” Sur YouTube

Label : hfn

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