Rencontre avec 50% de Warpaint, les 2 autres faisant une autre interview, entre les balances et la Black Session à Radio France. Recroquevillée en face de moi, la guitariste Theresa Wayman fait sa timide, pendant qu’Emily Kokal, chanteuse guitariste remet son bonnet et attaque l’air de rien un saladier de chips (il est 21H, les fauves n’ont pas été nourries)
Warpaint (NDA: peinture de guerre donc), c’est parce que vous êtes en colère, en guerre, ou plutôt un symbole festif de célébration?
EK: C’est surement pas une histoire de colère, même si on associe des énergies diverses à ce mot. Il arrive qu’on appelle du maquillage « peinture de guerre ». Pour nous, c’est plutôt une célébration de la bataille constante. Dans la vie tu dois te battre, puiser dans toi pour arriver à survivre
TW: Ça ne veut pas dire qu’on voit la vie comme une lutte négative. On s’approche plus du concept de guerrier pacifique, qui navigue dans les hauts et les bas de la vie. Des fois c’est très difficile, des fois moins. Il faut avoir une attitude de guerrier pour pouvoir faire face à tous ce que la vie nous balance à la figure, le bon et le moins bon.
En ce moment c’est plutôt bien ce que vous envoie la vie : tout le monde vous porte aux nues, qu’est ce que ça vous fait d’être des rock stars ?
TW: On sait très bien que la vie est bien plus compliquée que ça. N’empêche que c’est génial de voyager comme ça, d’être bien reçues partout et de voir notre public grossir, c’est vraiment extra.
EK: C’est plus qu’appréciable de voir que ça arrive maintenant, après tout le boulot qu’on a fourni. On a bossé dans notre coin pendant très longtemps
Pourquoi est ce que votre album a mis tant de temps à sortir après votre EP ?
EK: En fait on a mis beaucoup de temps à se mettre à enregistrer tout court. On est restées au stade groupe de garage pendant longtemps, en apprenant à « être un groupe », avant de penser à enregistrer ou faire des tournées. Ça a été un long processus pour qu’on arrive à être ce qu’on voulait être
D’ailleurs, vous avez longtemps cherché un batteur, est ce que vous avez trouvé la perle rare avec Stella (NDA: Stella Mozgawa, nouvelle batteuse du groupe donc)?
EK: Absolument! En plus d’être une très bonne batteuse, elle est une excellente musicienne. Elle a clairement relevé le niveau. Ça faisait un bout de temps qu’on travaillait à 3, avec une relation très développée entre nous. Alors la recherche et l’intégration d’une autre personne à ce groupe a été quelque chose de complexe. Mais Stella est juste super douée et nous a énormément apporté.
TW: C’était juste dur de changer de batteur tout le temps, on n’était pas vraiment consistantes. Maintenant on a 4 esprits qui n’en forment plus qu’un !
Et 4 filles ne formant qu’un seul esprit, ça fait pas trop de « girl drama » ?
TW: Si, il y a toujours un peu de conflit sous-jacent, alors qu’on s’entend extrêmement bien.
EK: On est forcées de faire des compromis. Quand tu as 4 cerveaux qui veulent chacun exprimer leurs idées, on est forcées de trouver des accords.
TW: Mais on se dispute quand même. Bon, sans en arriver aux poings…
EK: On ne se dispute pas tant que ça, surtout depuis qu’on est en tournée. On a réalisé combien on compte et combien on peut compter les unes sur les autres. Il y a a beaucoup moins de crêpage de chignon !
Ça se voit sur scène, il y a une sorte de lien très fort entre vous 4, une vrai alchimie, est ce que vous l’expliquez ?
TW: Il y a une partie d’alignement cosmique, je sais que ça sonne bizarre mais c’est vrai. Se demander pourquoi on s’entend bien, c’est un peu comme se demander pourquoi mes cheveux sont bruns. C’est juste comme ça. En plus, on passe tellement de temps ensemble, on se connait tellement depuis longtemps qu’il y a forcément une alchimie.
EK: On parle la même langue. Sur scène, on a le même sens de l’humour. Nos personnalités se combinent parfaitement entre elles. Parfois les gens qui trainent avec nous ne comprennent rien à nos blagues, qui ne font rire que nous…. On est un peu dans une bulle. Je trouve ça génial, qu’on puisse être si proche, en plus de faire de la musique ensemble. Ca arrive souvent que les membres d’un groupe prennent leurs distances ou ne se parlent plus trop. C’est alors difficile de s’exprimer, même en y mettant la meilleure volonté. Les tensions empêchent souvent de se sentir libre. Ça conforte ce qu’on disait tout à l’heure sur les disputes, on est plus une famille qu’un groupe !
L’étiquette de « L.A. Band vous colle à la peau. Y-a-t-il un son particulier à LA?
TW: Moi je suis sure qu’il y a un son parisien, je pense à Phoenix par exemple, ou Pantha Du Prince
EK: Mais il n’est pas français, il est allemand non?
TW: Oui bon ok j’ai rien dit
EK: Quand on me dit « LA Band« , je pense à Gun’s N Roses, les Chili Peppers ou Jane’s Addiction, que j’adore. Je pense surtout à des groupes des années 90, Aujourd’hui je ne suis pas sure qu’il y ait des similarités en terme de son. Je pense que les gens ne voit en fait que la Californie. C’est plus basé sur le visuel que sur la musique. Mais comme on habite L.A., c’est difficile pour moi de voir ça comme ça
TW: Je me demande d’où les gens penserait qu’on vient, s’il ne le savaient pas…
EK: Je doute qu’on puisse se dire « ah oui elles viennent de LA » juste en nous voyant en photo !
TW: On reste un groupe de LA, puisqu’on s’est formées à LA et qu’on y habite. Les gens nous donnent cette étiquette parce qu’il ne savent pas comment classer notre musique !
EK: Justement, c’est plutôt excitant de se dire qu’il y a une vraie scène qui se développe quelque part. Comme dans les années 80 dans le lower east side de New York, avec Basquiat, Madonna, The Club et tous ces trucs. C’est marrant de se dire que de la même façon, il y a une « scène » à LA.
TW: Il y a plein de groupes qui habitent et font de la musique à Echo Park, Silverlake. On se connait, on est voisins, on répète dans les même endroits, mais je n’appellerait pas ça une « scène musicale ». Je pense à Lucky Dragons, Ariel Pink et aussi We Are The World.
EK: Le mec de Darker My Love était mon voisin, même si je n’ai jamais entendu sa musique. Ça m’arrive souvent d’ailleurs d’être dans cette situation.. Il y a plein de groupe dont vous n’avez probablement jamais entendu parler de ce coté de l’atlantique…
Vous avez mis beaucoup de temps à faire des concerts en Europe, alors que vous avez énormément tourné aux US, c’était volontaire?
EK: Signer chez Rough Trade nous a beaucoup aidé. Les gens nous connaissent en Europe depuis la sortie de l’EP. J’adore le fait qu’on soit si bien reçues et si appréciées en France parce que j’adore ce pays. J’adore venir à Paris, c’est une ville tellement belle, surtout quand on habite en Californie. La Californie c’est très beau si tu penses campagne, océan et forets. Alors qu’ici il y a tellement d’histoire et les bâtiments, on n’en a pas des comme ça chez nous. On a des KFC qui restent debout 6 mois et sont remplacés par quelque chose d’autre. C’est une atmosphère complètement différente.
TW: Oui mais par contre, je ne voudrais pas conduire ici, le trafic est atroce, pire qu’à Londres.
Vous êtes plutôt avenantes comme filles, comment se fait il que votre musique soit si mélancolique?
EK: Si tu savais, ma musique solo est encore plus déprimante…(rires) Pour moi, l’écriture est un exercice d’introspection et de réflexion, au cours duquel je suis forcée d’être honnête avec moi même. Quand je suis heureuse, de bonne humeur, que tout va bien, je n’ai pas du tout envie d’écrire! Ça ne m’empêche pas d’écrire mais plus de la musique que des paroles. J’essaye d’écrire à tout moment, sous tous les angles de la vie.
TW: Attends moi aussi je veux répondre ! Moi je suis quelqu’un de plutôt lunatique et d’un peu mélancolique. Ça se voit dans ce que j’écris. C’est un peu ma bougonnerie qui fait nos morceaux !
Est ce que Warpaint sortira un jour un morceau pop sautillant de 3 min format radio ?
EK: Haha je pense que c’est un challenge marrant ! Nos morceaux sont généralement plus proche des 6 minutes. Je crois que ça vient du fait qu’on est toujours en cours d’apprentissage les unes avec les autres. Il y a tellement de matériel, tellement de densité d’idées à mettre dans les morceaux qu’on a du mal à simplifier. Mais on s’améliore. On apprend notamment à se laisser de l’espace. On ne s’impose pas de règles, ce n’est pas une volonté consciente, c’est juste ce qu’on avait à exprimer. Forcément, ça ne rentrait pas dans 3 minutes… J’aime le fait qu’on est un groupe qui prend le temps de se développer dans certains domaines. Peut être qu’un jour ce sera marrant d’écrire des bluettes de 3 minutes.
TW: On ne sait jamais, tout peut arriver
C’est quoi la suite pour vous ?
TW: Pour l’instant, on rentre à la maison une semaine, puis on repart jouer dans le coin. On va faire du ski aussi.
EK: On a vraiment envie d’enregistrer mais il faut qu’on tourne avec notre album pendant environ 1 an. Ensuite, tout est presque déjà prévu, c’est bien ! On va faire un petit break puis prendre le temps de se remettre à écrire, faire des démos, et aller se planquer pour enregistrer. Nos 2 prochaines années sont déjà quasiment organisées. C’est plutôt facile
TW: Enfin, si le monde n’explose pas d’ici la.
EK: Ouais, Warpaint va faire exploser le monde
Les quatres guerrières de Warpaint sont jeudi 26 mai au Bataclan.
Et la chronique de leur magnifique album, The Fool, sorti chez Rough Trade est ici


en concert CE SOIR au Bataclan!!!