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Lonelady, l’interview féministe, mais pas, mais en fait si, enfin c’est compliqué…

Par - Publié le 8 septembre 2010

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Quelques poignées de minutes avant leur concert dans le cadre du festival Les Femmes S’en Mèlent 2010, on se retrouve, mon fidèle ifoune et moi, face à face avec Lonelady. Voici quelques extraits de ma conversation à demi-mots, accent mancunien dans le texte, avec l’insaisissable et terriblement timide Julie Campbell (et aussi un tout petit peu avec ses deux musiciens, Andrew Cheetham et Gareth Smith).

 

Début 2010 j’ai du faire quelques recherches sur toi dans le cadre du festival et j’ai alors eu du mal à trouver ne serait ce que ton vrai nom. Aujourd’hui, il y a une véritable effervescence autour de Lonelady. Qu’est ce que tu as fait pour mériter ça ?
Julie
: (moue de dégoût) Argh j’en sais rien. C’est super bizarre. En fait, c’est la presse, la grosse machine, qui balance de l’info à tour de bras via son monstrueux réseau de contacts, qui est responsable de tout ça. Tant que tu n’es pas rentré dans la machine, tu restes dans le circuit underground. Tu n’as tout simplement pas de visibilité. Et  c’est un peu ce que la signature sur un label a fait pour nous.
Gareth
: Avant c’était toi l’attachée de presse, c’était toi qui décidais quoi communiquer à qui toute seule…

Tu as été propulsée sur le devant de la scène contre ton gré?
Julie: Un peu… J’essaye de ne pas tout révéler sur moi, parce que ça n’est pas vraiment intéressant. J’essaye de me contenir un peu, dans la mesure de l’humainement possible. Dans cet âge de la communication de masse, c’est vraiment dur.

Justement, très souvent quand on parle de Lonelady, il y a tout de suite énormément de “name dropping”: the Factory, Manchester etc. Qu’est ce que ça te fait ?
Julie: J’essaye de diluer et de réduire tout ça, parce qu’à moins que le journaliste, ou qui que ce soit qui fasse ça, soit préparé à passer plus de temps sur l’album, c’est simplement un raccourci assez réducteur. Je ne pense pas que l’album soit unidimensionnel. Malheureusement, quand tu as 20 mots à écrire, notre musique  se trouve tout de suite très réduite. Tout ça fait partie de la machine…

Si tout n’est que déformation, quelle part de vérité y-a-t-il dans le fait que tu sois obsédée par les année 80 ?
Julie: (rire – timide) Je n’ai jamais utilisé cette expression ou phrase, c’est un peu n’importe quoi, je ne sais pas d’où sort ce truc. Ça me poursuit.

Et par REM non plus alors?
Julie: Ah si,  j’aime beaucoup les débuts de REM. C’est une influence dont je me suis un peu éloignée. Nerve Up contient des morceaux qui ont été écrit sur une très longue période de temps. Certaines chansons ont 3 ou 4 ans, d’autres sont plus récentes. Les plus anciennes laissent un peu paraître cette influence de REM.

Ton premier album est sorti sur le label Warp. En signant sur un label aussi légendaire, au prestigieux héritage, avais-tu peur d’être cataloguée d’une façon ou d’une autre?
Julie: Ça a été assez facile pour moi en fait, parce que je ne suis pas une artiste typique du label. Je ne fais pas d’electronica ou autre musique de ce genre, donc je ne me sens pas particulièrement accablée par le passé du label. Je prends la visibilité qui en découle plutôt comme un challenge.

Est ce que ça rend la tâche plus ardue?
Julie: Oui bien sur. C’est surtout important pour moi de ne pas me laisser altérer par l’ombre de Warp.

Comment arrives-tu à combiner la machine médiatique qui s’emballe, un label légendaire et ta volonté de rester un peu en marge de l’industrie musicale ?
Julie: J’essaye juste de continuer à faire un maximum de choses moi-même. Mais évidemment, Warp met tout de suite la barre très haute.  Je prends vraiment le fait de conserver un certain équilibre au milieu de ce tourbillon comme un challenge

Comment penses tu arriver à faire ça dans les mois qui viennent, avec la tournée intensive qui vous attend?
Julie: Hum, j’en sais vraiment rien. Probablement avec beaucoup de difficultés…
Andrew: Avec un peu de chance, on va quand même arriver à continuer à prendre du plaisir à ce qu’on fait
Julie: Ça ne fait que commencer pour nous. C’est notre première tournée, notre premier concert de la tournée, alors on va bien voir !

Vous êtes nerveux?
Julie: Oui vraiment, c’est notre premier concert en tant que tête d’affiche, donc forcément, ça met la pression.

Tu as sorti un EP en 2004, et Nerve Up vient juste de paraître. Est ce que c’était voulu de mettre autant de temps à sortir ton premier album ?
Julie: Ça prend juste plus de temps pour certaines personnes… J’ai mis du temps à me dire que je voulais vraiment faire quelque chose de conséquent, de plus lourd. Je préfère le format de single ou EP. Je suis sûre que si j’avais fait cet album il y a deux ou trois ans, il aurait été moins bon. Je suis plutôt contente que le développement ait été lent. Et puis c’est pas si facile que ça de se faire signer (sur un label – NDLR)

Tu n’as pas voulu sortir ton album en auto produit?
Julie: Warp s’est pointé au bon moment. Si ce n’avait pas été le cas, je l’aurais probablement fait. C’est quand même super difficile. Sortir des singles ça sert à ça, parce que produire un album c’est un investissement financier énorme. C’est un peu moins risqué de sortir d’abord des singles et de voir ce que ça donne !

Justement, tout l’album a été enregistré chez toi, dans ton home studio, est ce que ça ne facilite pas les chose financièrement ?
Julie: (rire) Pour dire vrai, c’est une chambre que j’ai faite  rénover à Manchester. Je n’avais pas envie d’aller dans un vrai studio à proprement parler, ça ne me disait vraiment rien. J’ai préféré continuer ça en solo, c’est un processus très privé pour moi, j’aime me détacher du reste du monde. Mais j’avais un budget serré et ça a été plutôt difficile de construire cette chambre.

Tu as déjà commence à écrire le prochain album?
Julie: Uh huh oui. J”ai toujours 10 étapes d’avance dans ma tête par rapport à ce que je suis en train de faire physiquement, rien que parce que ça prend une éternité d’organiser une tournée, donc je suis pense toujours aux futurs nouveaux morceaux.

Comment combines tu tournée, écriture et sessions d’enregistrement?
Julie: La seule chose que je me force à faire, c’est de me garder du temps pour moi. Et puis notre emploi  du temps n’est pas aussi intensif que celui de certains. On est ici 2 semaines et on ne commence la tournée intensive qu’après l’été. On fait quelques festival mais je vais pouvoir me trouver un peu de temps pour écrire et faire des trucs perso.

C’est toi qui écrit tous les morceaux et il est souvent question de “one woman adventure” dès qu’il est question de Lonelady. Tu en penses quoi ?
Julie
: On dirait le titre d’une vidéo louche ! Je ne suis pas sûre que ce soit une aventure dans laquelle qui que ce soit d’autre voudrait s’impliquer. Mais oui, c’est un peu vrai. J’ai toujours écrit comme ça, dans mon coin. J”adore construire des morceaux en partant de rien et peindre un tableau complet. C’est un peu dominateur, je suppose, mais j’aime bien ça. (se gausse doucement)

Est ce que c’est vrai que tu n’aimes pas l’usage du terme “artiste féminine” (“female artist”), très souvent employé dans la presse musicale?
Julie: Oui c’est vrai. Je suis consciente des contradictions que ça comporte, rien qu’à cause du nom du groupe. J’ai choisi ce nom de façon un peu brusque et irréfléchie. Maintenant il se retrouve imprégné de tout ce sens qu’il ne porte pas vraiment. Je ne l’ai pas choisi qu’il soit une revendication féministe ou un truc du genre ! Plein de gens pensent que c’est le cas.

Tu n’es donc pas une activiste féministe ?

Julie: Si, je suis féministe, mais je pense que la signification de ce mot diffère d’une personne à une autre. Là on peut partir dans une très longue conversation… Je trouve que ce qui est intéressant dans le cadre de la musique, c’est la musique elle-même. J’ai l’impression que beaucoup de personnes ne comprennent pas pourquoi je rejette cette notion de “female musician”. Le terme “femme” est un ajout superflu au terme “musicien”. Les hommes sont “musiciens” et non “musiciens masculins”, alors que les femmes sont toujours des “artistes féminines”. Je pense que c’est révélateur de ce que l’on pense en tant que société et du rôle que les femmes et hommes devraient y tenir.

C’est tragique et pour moi c’est un problème. D’ailleurs, j’ai un problème avec ce festival (NDLR: Les Femmes S’en Mèlent). Je ne suis pas vraiment pour le fait de ghettoiser les femmes, de les parquer sous une tente et dire “Regardez, elles font de la musique” ! Je suis consciente que c’est une façon d’essayer d’améliorer la situation, ou au moins de révéler les disparités dans l’industrie de la musique. C’est n’est juste pas la façon dont je m’y prendrais.

Comment tu t’y prendrais?
Julie: Je commencerais par ne pas l’appeler un festival de femmes. J’essaierais ne pas attirer l’attention sur cet aspect là. Mais la vie est un peu plus complexe et chaotique que ça en vrai, non..?
Gareth: Oui c’est bizarre quand même, on ne fait pas de festival “all male”. C’est vraiment étrange. Mais je comprends le pourquoi du comment, c’est pour dire que les femmes sont AUSSI capables de faire de la très bonne musique.
Julie: Aussi, ou en plus d’être capable de manier le balai à merveille (NDLR – ici, lire l’ironie toute british de la demoiselle)!.  En fin de compte, la musique devrait parler d’elle-même et ne pas être associée à un genre. Je suis d’accord, il y a une légère contradiction dans le nom du groupe.

Tu pourrais en changer non?
Julie: Oui tiens c’est pas mal ça, je pourrais l’appeler “non gender specific human object” (NLDR-objet humain sans genre spécifié)
Gareth: …”band”
Julie: Ah oui, “band”, c’est important aussi… (rire, pour de vrai)

 

Si tu veux voir ce que donne un sosie de Mylène Farmer, version rageuse mais contenue, abrasive mais éthérée, jouer de la guitare comme une déesse et chanter du post-punk pas en playback, Lonelady est en concert le 15 septembre au Nouveau Casino (avec PVT).

http://www.myspace.com/hiholonelady

Photos: Robert Gil

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