S’il craignait de ne pas en être lors de son premier et inusable single « Losing My Edge », James Murphy, son groupe LCD Soundsystem et son label DFA est un des groupes les plus “cool” depuis quelques années, une référence incontournable. Ayant ingurgité la pop, la kraut, le rock, le punk, la disco, et toutes les musiques électroniques, il s’en découle une musique qui en distille le meilleur.
LCD a toujours eu ses détracteurs l’accusant de plagiat (cf. notre chronique de « Sound Of Silver »), alors que le recyclage est l’essence même de sa musique. Le pastiche est une blague potache et le sampling, lessivé par le hip hop, appartient déjà au passé. Le recyclage, est une pratique postmoderne contemporaine réaffirmant que rien ne se crée… tout se transforme. En musique, cela a valeur d’hommage. Si LCD n’invente pas peut-être pas la musique de demain, elle crée avec vision celle d’aujourd’hui
Murphy évolue toujours dans ce même bouillon de références musicales que dans « Losing My Edge » qui annonce encore aujourd’hui le menu du dernier album. Si ses choix se sont précisés, il a surtout ajouté un groupe à sa discothèque-matériau : le sien. A l’instar de Beck, il réemploie ses propres gimmicks (« One Touch » qui reprend la rythmique de « Get Innocuous », etc.). A l’auditeur de juger de la pertinence de l’autoréférence : clin d’œil génial, fatuité, ou manque d’inspiration ?
This Is Happening, troisième – et annoncé comme dernier – album de LCD Soundsystem, entérine leur vocabulaire musical. Faut-il y voir l’une des raisons de leur volonté d’arrêter ? En tous cas, Murphy, lui, ne compte pas s’arrêter là et a composé sous son nom la BO du film Greenberg sorti parallèlement.
L’album vient de sortir et les sentiments sont partagés. Is It Really Happening?
Cet album, plus complexe, moins immédiat que « Sound Of Silver », ne procure pas le choc instantané que les fans attendaient. Probablement conscient qu’on ne peut atteindre les parfaites cimes mélancoliques et glacées de « Someone Great » et « All My Friends », une des plus belles odes de la décennie écoulée, le prolixe James Murphy change légèrement de cap et déroule son programme dans « You Wanted A Hit », porte parole de l’album. Mis à part le single « Drunk Girls » (pas la meilleure de l’album), les attentes sont bousculées et les standards refusés. Huit autres chansons au format long et aux structures parfois audacieuses viennent bousculer les certitudes. L’album s’ouvre avec « Dance Yrself Clean » vertigineux dans sa maîtrise des montées progressives, des revers soudains, menant à un orgasme musical. Et se conclue par les boucles d’un « Home » tout aussi dansant que touchant.
Si l’album a été enregistré à Los Angeles, on y retrouve tout de même cette NewYorkitude, reconnaissable entre toutes. De ce travail de studio que l’on devine bouillonnant, Murphy, analogically obsessed, a laissé quelques petites empreintes sur les bandes (bruits, instruments et voix), détails qui pervertissent et humanisent la machine. Ses talents de vocaliste (limités à la base) ont été nettement améliorés, lui permettant d’atteindre des émotions plus précises et justes.
Toutefois, si la forme évolue, la formule reste la même et ne s’épuise pas : une mécanique musicale et rythmique imparable qui allie l’énergie brute du rock à la pulsion hypnotique de l’électro. Murphy, aujourd’hui quadra bonhomme, y superpose ses interrogations d’Homo “Urbanicus Americanis” sous une forme hybride, entre confession émouvante (« I Can Change ») et ironie lucide (« Pow Pow »).
Sachant très bien où se situent les glandes du plaisir, la machine à danser intelligente de LCD Soundsystem entraine à sa suite le corps qui ne saura pas lui résister.
It is still happening.
LCD Soundsystem sera en concert à Rock et Seine le 28 aout, et ses concerts sont en général un moment d’extase intense.
http://www.myspace.com/lcdsoundsystem
Label: DFA / EMI
