John Grant – Queen Of Denmark

3 mai 2010
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C’est avec une véritable surprise que certains fans ont découvert dans les bacs ou sur la toile le premier album solo de John Grant et la pochette un peu effrayante à la Lynch ne permet pas d’imaginer la richesse et la générosité de son contenu.

Cet album peut s’écouter vierge d’historique tant il est unique, ou bien on peut s’alimenter de l’histoire d’un type, leader d’un groupe qui avait sorti quelques très beaux disques il y a dix ans et rencontré une certaine estime parmi les fans d’indie. The Czars se sont essoufflés, peut-être par manque de succès, et John, revenu à la vie civile, a entre autre fini comme sideman dans d’autres groupes. Il paraitrait qu’il aurait même sombré dans l’alcool, la drogue et la dépression et qu’il aurait vendu des burgers dans un quelconque diner du Midwest. 

Repêché par la confrérie barbue texane de Midlake dont l’univers musical parait pourtant assez éloigné de son groupe d’origine, elle lui offre l’écrin d’un album qui ressemble à celui de la dernière chance. Le produit de cette de cette rencontre s’est établie de manière étonnante sur un terrain neutre, loin de l’austérité folk du dernier album de Midlake, et du shoegazing parasité par des fulgurances électroniques des Czars: la pop américaine soyeuse des 70’s.  Seul sur le morceau d’intro « TC & Honeybear » se distingue la patte de Midlake et sur le reste se déguste la qualité de jeu auquel nous ont habitué ces fins musicologues. Sublimée par un subtil mixage, les fans d’origine retrouveront avec plaisir cette magnifique voix masculine et chaude effleure nos âmes et nos oreilles.

C’est donc avec les sonorités généreuses des 70’s (Supertramp, Fleetwood Mac, ELO, Elton John, ABBA – non non, ne fuyez pas, c’est tout à fait audible : retrouvez les disques de la génération de vos parents), rehaussé par certains synthés vintage qu’arrive ce magnifique album de purge qui dévoile les misères d’un (ex ?) looser. 

En “boy next door”, John Grant raconte sans fard les déboires de sa vie de gay, entre drame et humour, surtout quand il parle de ses histoires d’amour foireuses. Même si la différence sexuelle est toujours stigmatisée, cette banalité est frappante. En gros, comme le ferait un hétéro au grand public, c’est l’histoire d’un mec qui chante ses problèmes de mecs. Les textes sont étonnamment clairs, et des mots et images ordinaires, parfois crues se dégage une certaine poésie. Le pathos et l’auto complaisance dégoulinante sont (souvent) biaisées par un humour et un sens de la dérision qui permet de d’identifier et de sourire à des situations banales de cruauté. (Jesus Hates Faggots ; Sigourney Weaver). 

Malgré la tristesse des propos, « Queen Of Denmark » est lumineux et généreux et annonce une renaissance qu’on lui souhaite de tout notre cœur.  Sans esbroufe ni pochade, l’album est un consistant recueil oscillant entre ballades et cabaret dans un registre baroque lo-fi.  Malgré son titre, « Queen Of Denmark » ne louche ni vers le crooning mélo de Rufus Wainwright, ni l’emphase d’opérette de Queen ou la New Wave queer de Frankie Goes To Hollywood, mais vers une pop camp somptueuse et inédite.

On adore ces histoires de rédemption de beautiful loosers. 

 http://www.myspace.com/johnwilliamgrant

Label: Bella Union / Cooperative Music

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