Broken Bells – Broken Bells

18 avril 2010
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Inutile d’être grand devin ou auteur d’un quelconque dictionnaire du rock pour en convenir d’emblée : l’album éponyme de Broken Bells, premier du nom, est de ceux qui marquent durablement l’histoire de la pop, laissent leur empreinte pour longtemps, et se donnent comme autant de classiques immédiats. On pourrait même parler à son propos d’un album historique à la condition de préciser sans attendre de quelle histoire il s’agit ici.

Car si Broken Bells se tient comme un album historique, c’est que c’est l’album d’une histoire, celle de la rencontre de Danger Mouse, le producteur qu’on ne présente plus de Gorillaz, Beck ou encore l’homme derrière Gnarls Barkley, et James Mercer, le chanteur qu’on ne présente plus du groupe The Shins. Ne cessant de se croiser ces dernières années sur différents projets, les hommes finissent par se décider à travailler ensemble sur le titre « Insane Lullaby » au sein du crépusculaire et magistral « The Dark Night Of Soul », orchestré par Danger Mouse notamment. Un morceau sur lequel on trouve déjà la formule qui va présider à Broken Bells : une exigence du songwriting, une production classieuse et toute en retenue, et la voix implorante de Mercer.

Et de cette histoire de rencontres naît un album qui connaît et retrace en soi l’histoire de la musique, un album qui dès son premier morceau puise dans la culture sans faille de la pop et du rock de Danger Mouse. Que dire de « The High Road » sinon qu’elle fournit une route haute en références et surtout une voix royale vers l’évocation d’un patrimoine musical dans le sens où tout le monde aura reconnu que « The High Road » est également le titre d’un album de Roxy Music ? Ce morceau liminaire déroule alors cette musique d’histoire par ce songwriting d’une efficacité et d’une sobriété admirables et par des choix imparables de production où les orgues et les guitares sixties déferlent.

C’est alors tout l’album qui est emporté dans ce jeu entre aujourd’hui et hier, comme si le but de Danger Mouse, depuis le « Modern Guilt » de Beck, était de poser les fondements d’une pop néoclassique, éprise d’histoire, définie par la pureté de ses lignes et la mesure, et la sûreté de son goût. On ne sera pas étonné qu’un titre comme « Vaporize » use de l’orgue Hammond en le conjuguant à une boite à rythmes et à des chœurs à la Beach Boys, flottants, angéliques et aériens. Ou qu’un titre comme « The Ghost Inside » indique dès son titre qu’un fantôme est à l’intérieur, celui de toute la musique, que son spectre couvre l’album et qu’au final une grande mélancolie traverse toutes les compositions, un grand sens de la fatigue, du désespoir sans cesse surmonté mais âprement vaincu, autant de facettes mélancoliques qui culminent dans le chef-d’œuvre ultime de l’album : « The Mall and The Misery », à ranger sans attendre parmi les meilleures chansons de l’année de l’intro jusqu’aux attaques de guitare.

Et c’est peut-être en effet de cette mélancolie, de ce qui regarde vers l’histoire pour se maintenir vivant au présent qu’il faudrait chercher la signification du nom du groupe « Broken Bells », à savoir si les cloches sont fêlées, c’est parce que, loin de leur rythme mécanique, le fantôme à l’intérieur qui les a fait se fendre, c’est l’idée d’un homme témoin de la musique, et vivant.

Merci à Johan F.

Label: Sony Music

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