Chroniques

Mount Eerie – Wind’s Poem

Par - Publié le 23 novembre 2009

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mounteerie_windspoem

J’aimerais tant vous parler de chaque détail de la discographie de Mount Eerie et de ses avatars, mais c’est un casse-tête impossible à résumer, une chasse au trésor pleine de tant de surprises que j’ai beau tourner et retourner ma chronique dans tous les sens, je n’y arrive pas. Alors je vais me contenter de vous en donner seulement les grandes lignes, et c’est déjà assez long.

Tout tourne autour de Phil Elvrum, charmant petit Américain de l’état de Washington, né en 1978. Entre 1999 et 2003, Phil sort, sur K Records et sous le nom de  The Microphones, 4 albums de folk lo-fi expérimental bouillonnants d’idées sonores, plus un live d’inédits et une compilation de raretés. On retiendra notamment les albums The Glow, part 2, qui reste son plus grand succès – façon de parler – à ce jour (l’album a d’ailleurs été réédité cette année avec tout un tas de bonus, démos et inédits) et Mount Eerie, du nom d’une montagne, sur une île près de Seattle, où Phil a passé une partie de son enfance. Ce dernier album des Microphones commence là où The Glow, part 2 s’achève : Phil meurt, est dévoré par les vautours, et découvre l’univers… Deux étranges « singles » accompagnent l’album : l’un qui reprend toutes les pistes vocales du disque, et l’autre toutes ses percussions.

En 2003, Phil, qui a du mal à digérer que sa petite copine soit désormais en couple avec son meilleur ami, se réfugie dans une cabane en Norvège, et y passe tout l’hiver, seul, à couper du bois, à regarder des DVD, à se morfondre et à écrire des chansons. À son retour, il ajoute un “e” à son nom, devenant ainsi Phil Elverum, crée son propre label et rebaptise son « groupe » Mount Eerie.

A partir de là, difficile de compter, alors disons que Wind’s Poem est le troisième véritable album de Mount Eerie, pour simplifier ! Car Phil Elverum, qui se décrit lui-même comme un auto-mythologiste, écrit son histoire en laissant toutes sortes d’indices et de disques le long du chemin : des singles sortis à vingt exemplaires, des albums qui n’existent qu’en live ou qu’en vinyle, des démos, des chansons en plusieurs parties dispersées d’un album à l’autre, des livrets en papier calque et d’autres qu’il faut toute une pièce pour déplier, des livres de photos, des notes d’intention, un luxueux journal intime de 130 pages, plein de dessins et de références (de Björk à Snoopy en passant par Tolstoï et Mario Kart), des live pirates officiels, un DVD « simulant l’expérience d’un concert de Mount Eerie »… et plus on trouve d’indices, plus on croit y voir clair, plus on est dérouté et on se retrouve perdu dans une de ses photos de nature que Phil aime prendre et glisser dans ses disques : la forêt, la neige, une étrange lumière. Dès qu’on pense toucher au but, Phil efface ses traces et repart dans une autre direction. Puis il se plaint que personne ne le comprend. Car Phil, on ne l’a pas encore dit, est triste, très triste, et promène sur ses disques sa petite voix timide et susurrée, à peine chantée, et qui tant bien que mal se fraye un chemin à travers ses expérimentations sonores, son faux n’importe quoi musical, ses chansons nues à la guitare folk ou ses déluges de batteries ou de guitares saturées…

Dans ce contexte, difficile de ne parler plus précisément que de Wind’s Poem, ce serait comme ne parler que d’une page d’un roman. Disons simplement que si vous ne connaissez pas encore Mount Eerie ou The Microphones, ce n’est probablement pas par là qu’il faudra commencer (essayez plutôt The Glow, part 2 des Microphones ou No Flashlight de Mount Eerie), car sur Wind’s Poem, Phil semble au plus bas, plein d’une rage étouffée, et nous offre ses compositions les plus sombres, les plus difficiles, frôlant même le rock métal pour évoquer le « poème du vent » dans les arbres. Si toutefois vous vous y aventurez, si vous vous plongez dans le livret, vous serez peut-être bouleversés vous aussi par la poésie introspective et l’imagerie naturaliste de cet artiste extrêmement atypique et touchant, qui fait toujours passer l’émotion avant l’expérimentation, pour peu qu’on veuille bien tendre l’oreille. Vous verrez que même les titres les plus abscons de Mount Eerie ne sont pas, loin s’en faut, que du vent.

Label: P.W. Elverum and Sun / Tomlab

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