St. Vincent – Actor
Tambourinez haut-bois, grésillez trompettes, St. Vincent est de retour avec un deuxième album !! St.Vincent, martyr du IVème siècle, est aussi et surtout l’alter-égo musical d’Annie Clarke, demoiselle directement sortie d’un autre age (ou d’une autre planète, à voir), qui a écrit, composé, interprété et arrangé cette pépite musicale.
Attribuer un style musical à St. Vincent est un travail que Hercule aurait refusé. Échappée de l’écurie de The Polyphonic Spree, Annie Clarke, comme tout musicien virtuose qui se respecte, pond des morceaux simplement inclassables. En vrac et dans le désordre le plus complet, on pourrait dire : pop, classique, rock, lyrique, enfantin, bruitesque, choral, punk, fanfare… Bref, inclassable. Et brillant.
Ce qui frappe le plus à l’écoute d’Actor, ce sont les arrangements, schizophrènes. On passe de l’orchestre quasi symphonique (progression mélodique dantesque de “Black Rainbow“, digne d’une descente d’Orphée aux enfers sous MDMA) aux accents choraux de chants de Noël (ouverture de “The Neighbors“), en passant par des facéties japonisantes pop sur “Marrow“. Mais ces grand-écarts sonores se laissent écouter comme une lettre à la poste auditive car ils ne sont qu’un écrin pour la douce voix de Miss Clarke. Son timbre de soprano cristallin, presque enfantin, semble voleter tranquillement sur des mélodies aussi sublimes que complexes et sombres. Entre cette voix angélique et les arrangements torturés, limite brouillons, le contraste est saisissant. Et pour peu que l’on s’attarde sur les paroles, l’antithèse est encore plus parfaite : parler d’arrestation et de meurtre sur une orchestration classique, il fallait oser. St.Vincent l’a fait. Tranquille.
Pour couronner le tout, cette charmante jeune femme aux grands yeux de biche habille ses compositions d’un jeu de guitare saccadé, torturé et brutal par moment. Sa guitare semble presque trop exigüe pour contenir toute la flamboyance et la fureur douce-amère d’Annie Clarke. Au final, vous n’entendrez pas un seul morceau qui ne comporte de variation ou digression mélodique, rythmique ou sonore, pas un seul qui soit formaté FM. A dire vrai, n’importe quel radio edit serait une amputation pure et simple.
A l’écoute d’Actor, une chose saute aux oreilles. St.Vincent est en fait la petite sœur rebelle, sauvageonne mais génialissime de My Brightest Diamond ! D’ailleurs, si vous aviez encore des doutes, son altesse Shara Worden recommande personnellement Actor sur son site…
Label : Beggars Banquet
[rating:5/5]


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