Hugh Coltman

25 janvier 2009
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ITWHughColtman

Après quelques chassé-croisé, j’ai discuté à bâtons-rompus avec le charmant Hugh Coltman, dans le bar-PMU le plus moisi de Barbès. Morceaux choisis, en français dans le texte.

Comment est ce que tu t’es retrouvé à Paris ?

Pfiou… En fait, je croîs que la raison pour laquelle c’est Paris et pas ailleurs, c’est parce que j’ai vécu avec ma grand mère. Mon grand père et elle ont vécu ici un moment et elle me parlait toujours de Paris. J’étais dans un groupe depuis mes 18 ans et j’avais déjà fait pas mal de choses à 25-26 ans.J’avais envie de voir et d’essayer ce que je pouvais faire par moi même. Et j’ai atterri en France un peu par hasard. Je me suis demandé : est ce que je vais à Londres, est que c’est plus cher, est ce que je vais a Edinbourg… ? A l’époque, je suis venu avec une copine et je me suis dit, « j’aime bien Paris ». J’ai regarde un peu les loyers et c’était assez abordable. Donc je me suis dit, allez je me lance dans la grosse aventure.

Paris, ce n’est pas vraiment la ville du blues ou du jazz par excellence tout de même, si ?

T’es folle ! Non, je pense qu’il n’y aucune ville où il y a autant de jazz qu’ici ! Il y en a pas mal à Londres, mais c’est tellement sectaire que j’y vais pas. Le jazz à paris est très élitiste aussi ! Ici, il y a quand même Radio Nova qui est une énorme radio, qui est écoutée par beaucoup de monde. Ok c’est plutôt une radio branchée soul et funk, mais la funk, c’est une musique qui permet de comprendre le jazz. En Angleterre ça n’existe pas, vraiment c’est pourri ! A l’époque il y avait une radio qui s’appelait Jazz FM. Quand j’y suis retourné il n’y a pas longtemps, ils avaient change le nom en Smooth FM… C’était HORRIBLE ! Sur une heure d’écoute, il y avait peut être un morceau qui valait la peine. Mais le problème ce n’est même pas une question de programmation. En Angleterre on a une culture très rock ou pop qui est partout. Si on veut écouter autre chose, franchement … (hausse les épaules d’un air résigné)

Rien de comparable à Nova donc ?

Non. Franchement, moi je fais leur éloge. Le soutien qu’ils apportent aux artistes émergents qu’ils aiment est hallucinant. Ils m’ont beaucoup aidé moi. On leur a passé les maquettes, ils ont bien kiffé et les ont passées avant même d’avoir les versions finales des morceaux. Il y a quand même des pressions financières et les thunes et toutn, et ça fait chier. Mais en même temps, qui d’autre aurait consacré son antenne à un gars qui n’est pas super connu et qui sort un album solo ?

Pourtant tu as sorti 3 albums et 1 live avant avec The Hoax ?

Ouais mais on n’était pas super connus. On jouait une ou deux fois par an au New Morning mais c’était toujours des fans. Pour revenir à Nova, le truc qu’ils ont fait avec Spleen c’est vraiment courageux, parce que c’est particulier comme album. C’est quelque chose qui est fait pour durer et pas pour être jeté au bout de 3 semaines comme une bouteille de whisky vide !

Le whishy, il y a quelque chose à creuser là. Ca t’inspire ?

Je ne vais pas m’étendre sur mes drinking buddies (nous en avons en commun). Les filles, oui, ça, ça m’inspire ! Quand j’étais petit, je n’arrivais pas à parler aux filles – ni aux garçons d’ailleurs- mais aujourd’hui ça m’inspire plus. Ca doit être le fait que je me sens peut être plus en sécurité maintenant, que je suis un peu plus sûr de moi…C’est la barbe peut être …C’est mon maquillage à moi. Parce que je le vaux bien … Mais ça m’hallucine toujours que les gens s’intéressent a moi.

Ce que tu chantes, c’est digne d’intérêt, non ? Beaucoup de critiques et de journalistes sont dithyrambiques à ton sujet et te comparent aux plus grands, Stevie Wonder, Dylan, Buckley…

Ah mais c’est parce qu’ils n’ont pas entendu Krystle Warren quoi merde !!! Bon, ok je ne suis pas non plus du style à faire “ah putain je suis nul, je sais rien faire”. Mais quand je m’entends, je ne remarque que ce qui ne va pas ! En fait, je m’entends moi, et ça m’empêche d’être objectif. J’écoute rarement mon disque et je trouve ça assez déplaisant. Je me dis toujours “ah merde je ne suis pas encore là”. Peut-être que je n’y arriverai jamais, à m’écouter et me dire “putain ça défonce !”. Peut-être que c’est une bonne chose. Je constate quand même que j’ai fait des progrès et c’est déjà pas mal. Notamment dans la constance du travail depuis 5 ans et le niveau général. C’est surtout au niveau des textes, je regarde un peu moins mon nombril. Et je trouve ça super cool. Regarde des mecs comme Dylan ou Cohen, ils arrivent avoir un regard vers l’extérieur. C’est pas “oh putain moi moi moi”. Je pense que le narcissisme passe par le négatif autant que par le positif. Si t’écris des “putain mais chui qu’une merde”, c’est quasiment la même chose que si t’écrivais “ouaah chui mortel”. C’est complètement centré sur toi. Donc j’essaye de me sortir de mon nombril.

Est ce que tu arrives à écrire en français ?

Oui, j’ai écrit un morceau en français que j’ai fait écouter à mes potes et ils ont trouvé ça pas mal. C’est à propos d’un mec qui râle tout le temps, contre tout le monde, y compris lui même. Mais j’ai du mal à le chanter. Le problème, c’est que je n’ai pas vraiment de culture en musique française. Je suis plus Brel que Brassens. Ma chanson fait plutôt (il chante..). Ca fait vraiment (il mime une chanson paillarde, bourrue). C’était un peu ce que je voulais faire. Tu vois, je parle français tous les jours, ça passe à peu près. Ok je me trompe toujours avec les articles mais c’est acceptable. Et je me suis dit, avec mon niveau, je devrais pouvoir écrire l’histoire d’un mec qui râle. C’est un peu cliché mais c’est un SDF qui râle contre quelqu’un qui mange dans un resto. Il râle contre la caissière du supermarché où il achète son whisky mais aussi contre lui même et ses propres choix qui l’ont amené dans sa situation. Mais bon, j’ai du mal à la chanter. Je ne la chante qu’à la maison.

Tu as fait beaucoup de premières parties récemment. Est ce que tu as des projets avec les artistes avec les quels tu as tourné ? (Thomas Dutronc, Julien Doré, Rose, Pauline Croze…)

Non, pas pour l’instant. Mais c’était excellent. J’ai fait plus de 40 dates sur fin 2008. Maintenant, l’album pour moi, c’est limite fini. Je ne peux plus rien y faire, je peux plus y toucher. Les morceaux vivent dans le disque. Toutes les erreurs que je vois moi, c’est aux gens de décider si c’est bien ou pas. Aujourd’hui, je peux uniquement améliorer le live.

Il y a, d’ailleurs, une vraie différence entre le disque, plutôt intimiste et tes concerts, où tu es beaucoup plus exubérant

En fait, j’ai fait beaucoup de live avec des morceaux très doux. Et je me suis dit que j’avais envie de péter les plombs, de me marrer un peu plus. Donc, j’ai écrit des morceaux un peu plus up tempo. Ca allait aussi dans le sens de ce que je voulais faire comme album. Je ne voulais pas simplement un disque qu’on écoute le samedi matin à 10h ou le soir pour se détendre. Je voulais un truc qui me fasse le même effet que Mento Madness. Le mento, tu sais, c’est le truc qu’il y avait avant le ska, super joyeux, qui file la patate, qui ne regarde pas du tout son nombril mais plutôt celui de la jolie fille en face. Donc j’ai vraiment hâte d’être en tournée pour me lâcher.

Pour le coup, tous les artistes avec qui je joue, ce sont eux qui m’ont invité. Ce n’est pas des placements faits par les maisons de disque. Forcément je suis hyper motivé. J’ai déjà fait des premières parties de ouf, par exemple avec Pauline Croze. C’est elle qui m’a demandé de jouer avec elle au Bataclan. Et elle est carrément montée sur scène pour me présenter, une heure avant son concert. C’est super sympa. C’est un vrai investissement de sa part. Alors que je n’avais jamais joué mon projet solo devant 800 personnes ! Elle est géniale, cette meuf. On parle tout le temps de sincérité, machin truc mais elle, elle a tout ! Totalement authentique, elle trop belle sur scène quand elle joue. On dirait un peu une fille perdue avec sa guitare, un peu mal à l’aise. Mais dès qu’elle se met à chanter, (il siffle…) c’est hallucinant. C’est énooorme.

Le reste de la tournée, tu le fais seul ou avec un groupe ?

Malheureusement, c’est juste moi. Enfin non pas malheureusement, parce que c’est bien aussi comme ça. J’aimerai bien le faire l’année prochaine. Pour l’instant on présente juste le projet aux gens. Ca commence à décoller doucement, mais surtout à Paris. Donc pour l’instant, on fait des dates en configuration minimale. On va doucement sortir du microcosme de Paris, et essayer de toucher les gens qui vont acheter l’album pour de vrai (Entre temps il insulte le camion poubelle qui passe bruyamment…)

Tu achètes des albums toi ?

Oui à fond ! Je viens d’acheter le nouvel album de Mathieu Boogaerts et j’adore. Je crois que je ne vais écouter que ça pendant une semaine. Je fais partie des mecs qui attendent avec impatience un disque. Je fonce l’acheter dès la sortie, je l’écoute en boucle, j’apprends les paroles, je regarde qui a joué sur l’album, qui l’a produit. Je trouve que cette culture là se perd avec le téléchargement, même légal. T’es obligé d’aller faire des recherches sur internet. Avant j’étais un enculé de téléchargeur, mais depuis que je fais ce projet, je me suis dit merde ce n’est tellement pas facile que je me suis remis à acheter des CD. Et je préfère, t’as le truc dans ta poche ! D’une certaine façon, je trouve que le téléchargement nuit, pas forcément à l’industrie mais à la musique elle même. Je connais tellement de gens qui ont 400Go de musique sur des disques durs, qui diront « ah cet album, je kiffe la chanson n° 3 », mais qui n’en connaîtront ni le nom, ni les paroles. C’est un peu une logique de collectionneur. C’est être aficionado sans connaître vraiment ce qu’on aime.

Mathieu Boogaerts j’adore son album précédent, « Michel ». Ce truc c’est une tuerie à gage, J’ai appris pas mal de jeux de mots parce que j’avais envie de savoir de quoi il parlait, alors je me suis vraiment plongé dedans. C’est mortel. T’as l’impression que tout a été fait dans une pièce de 12 m² et quand t’écoutes, t’as l’impression que t’es assis par terre au milieu des musiciens. A part ça, je viens d’acheter « The Master and everyone » de Bonnie Prince Billy, super bon. Le morceau « What Is Love », c’est super bon. Ce que j’aime dessus, c’est que t’entends tous les détails, tous les craquements, limite t’entends la chaise sur laquelle il est assis. T’entends presque la porte qui grince c’est génial. L’album tue. Je voudrais que mon album tue pareil.

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